Bilqiss, de Saphia AZZEDDINE

Publié le par Le Monde de Sylvie

Bilqiss, de Saphia AZZEDDINE

RESUME :

« Vous priez encore Dieu ?

– Bien sûr. Pourquoi ne le ferais-je pas ?

– Eh bien, il me semble qu’Il vous a abandonnée ces derniers temps.

– Allah ne m’a jamais abandonnée, c’est nous qui L’avons semé. »

Bilqiss est l’héroïne de ce roman : c’est une femme indocile dans un pays où il vaut mieux être n’importe quoi d’autre et si possible un volatile. On l’a jugée, on l’a condamnée, on va la lapider. Qui lui lancera la première pierre ? Qui du juge au désir enfoui ou de la reporter américaine aux belles intentions lui ôtera la vie ? Le roman puissant de Saphia Azzeddine est l’histoire d’une femme, frondeuse et libre, qui se réapproprie Allah.

 

Mon Avis

Encore une fois, Saphia Azzedine nous offre un fabuleux roman, dont la résonnance est forte, il faut bien l’admettre…

Portrait d’une insoumise et d’une fervente défenseuse du droit à la spiritualité, ce roman est un petit bijou de justesse et de vérité. Indocile au plus haut point, Bilqiss est une jeune femme qui va mettre sa vie en péril pour éclairer ses concitoyens sur la tromperie religieuse qui les asservit et les conduit à la déshumanisation et à l’obscurantisme.

Elle dénonce l’utilisation frauduleuse d’Allah et de sa parole. Face à ses juges et ses bourreaux, elle ose la contradiction, le bon sens face à l’absurdité, et elle refuse d’être défendue, conservant la tête haute malgré les coups et les violences en tout genre.

Pourquoi vivre, survivre même quand on est une femme vouée à n’être qu’un sous-être, tout juste une bête ? Pour Bilqiss, la mort vaut bien mieux que ces sempiternelles brimades qui vont bien au-delà de la violence physique. Pourquoi vivre quand la douceur de lire et de s’ouvrir à la poésie vous est interdit ? Pourquoi vivre quand votre seule place est à la cuisine et au lit ? Et d’ailleurs, aucune place n’est prévue dans cette société pour une femme veuve et sans enfant telle que Bilqiss…

Deux autres personnages viennent également prêter leur voix dans ce récit.

Tout d’abord, le juge de ce simulacre de procès, qui au fil des débats, se retrouve tiraillé et empêtré par la force de l’entêtement de Bilqiss. Son comportement ambigu, entre l’autorité qu’il se doit d’exercer, l’admiration suscitée par cette femme libre et ses propres petits écarts pas toujours avouables, font de lui un homme clairement faible… Et cette lâcheté, il faut la masquer… au détriment d’une femme bien entendu !

La troisième voix est celle de cette journaliste américaine, dans laquelle on retrouve la bien-pensance à la mode occidentale, façon donneur de leçon. A vouloir penser pour une autre, elle va prendre conscience de l’erreur de jugement monumentale qu’elle commet.

Le récit de Saphia Azzedine est poignant et très lourd parfois à assimiler. Il met le lecteur face à ses propres contradictions et nous oblige à un reformatage de nos pensées. Il rappelle aussi quelque chose de fondamental à savoir que les préceptes religieux, la foi et la spiritualité relèvent de l’intimité. Ce n’est pas le groupe qui forge la croyance mais bel et bien ce que l’on ressent et perçoit de l’intérieur. C’est la clé de la liberté à mon sens…

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