Il reste la poussière, de Sandrine COLLETTE

Publié le par Le Monde de Sylvie

Il reste la poussière, de Sandrine COLLETTE

RESUME

Patagonie. Dans la steppe balayée de vents glacés, un tout petit garçon est poursuivi par trois cavaliers. Rattrapé, lancé de l’un à l’autre dans une course folle, il est jeté dans un buisson d’épineux. Cet enfant, c’est Rafael, et les bourreaux sont ses frères aînés. Leur mère ne dit rien, murée dans un silence hostile depuis cette terrible nuit où leur ivrogne de père l'a frappée une fois de trop. Elle mène ses fils et son élevage d’une main inflexible, écrasant ses garçons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien…

Il reste la poussière, de Sandrine COLLETTE

Mon Avis

C’est le second livre de Sandrine Collette que je lis et encore une fois, l’auteure nous entraîne dans la noirceur humaine la plus profonde. Un récit rude et pesant dont on ne ressort pas indemne…

La rudesse des personnages est à l’image des lieux hostiles où se déroule l’histoire… la Patagonie et ses steppes arides, son vent sec et glacial, ses étendues pierreuses… c’est là, au milieu de nulle part que vivent les protagonistes de ce récit.

Il reste la poussière, de Sandrine COLLETTE

Sur des terres isolées, une mère et ses 4 fils exploitent une ferme d’ovins principalement… une vie de dur labeur, sans plaisir, dans une colère et une tension constante entretenues notamment par la mère.

Il reste la poussière, de Sandrine COLLETTE
Il reste la poussière, de Sandrine COLLETTE

D’ailleurs, « mère » est un bien grand mot, « génitrice » suffirait ici tellement elle est froide et sans cœur, traitant ses fils comme le bétail qu’ils élèvent. Elle n’est qu’un roc de haine, malmenant ses fils autant physiquement que psychologiquement. Menteuse, manipulatrice, joueuse et sacrément portée sur la bouteille, c’est une femme sans tendresse qui ne voit en ses fils que de la main d’œuvre servile pour accomplir les rudes tâches de l’exploitation.

« L'image de la vieille le tarabuste, et ses cris et ses colères. Parfois avec Mauro, ils regardaient la statuette de la Vierge posée sur le meuble, et aucun d'eux ne croyait qu'elle puisse être de la même essence que la mère, pas la moindre ressemblance, soit on leur avait menti, soit ils s'étaient trompés, mais qu'on n'essaie pas de leur faire gober une parenté hasardeuse, d'un côté cette masse presque aussi large que haute au cheveu épars, aux joues de dogue, qui ne sait que se taire ou brailler, et de l'autre une silhouette fine et souriante, que rien qu'à la toucher on se sentait mieux, non, vraiment, non. Pour Joaquin et Mauro, il y a les femmes, les hommes et la mère. »

Toute cette ambiance de malaise est distillée par les silences et les secrets des uns et des autres, les bagarres incessantes entre les frères et le calvaire du souffre-douleur, Rafaël, le petit dernier…

Le récit est comme un huis-clos familiale au cœur de l’immensité, sans espoir et fataliste, cruel et résigné… une histoire que l’on suit avec la boule au ventre car c’est sans issue jusqu’à la tragédie inéluctable. Par ce récit choral, Sandrine Collette parvient à faire parler presque tous les personnages ce qui enrichit beaucoup le récit et le diversifie. Elle s’est aussi beaucoup attelée à décrire les paysages, parfois, cela créé quelques longueurs mais elles sont apaisantes et finalement l’occasion de souffler un peu devant tant de noirceur.

Publié dans J'ai beaucoup aimé

Commenter cet article

Emma 18/04/2017 09:29

Comme je les lis dans l'ordre, celui-ci sera le prochain et j'ai hâte rien que pour la Patagonie.

Le Monde de Sylvie 18/04/2017 10:48

Des portraits au vitriol, un dépaysement total... vraiment elle est très forte...