J'ai couru vers le Nil, d'Alaa EL ASWANY

Publié le par Livres Emois Livres et Vous

J'ai couru vers le Nil, d'Alaa EL ASWANY
RESUME

A travers les péripéties politiques et intimes d'une palette de personnages liés les uns aux autres, du chauffeur au haut gradé en passant par la domestique musulmane et le bourgeois copte, ce roman évoque la révolution égyptienne à travers une mosaïque de voix dissidentes ou fidèles au régime, de lâchetés et d'engagements héroïques.

Mon Avis

Attention ! CHEF D’ŒUVRE…
Peu familière de la littérature arabe, j’y allais vraiment sur la pointe des pieds… Mais toute appréhension s’est évaporée dès les premières pages. J’ai été happée par l’histoire, les personnages, le contexte bref… tout est +++ dans ce livre…
C’est tout d’abord un formidable hymne à la liberté et à la démocratie. Et derrière cette lutte, c’est une galerie de personnages incroyables qui nous est offerte ici. Ils sont nombreux, complexes parfois, attachants souvent mais pas tous… Au final, ce sont tous des portraits très instructifs et révélateurs de la diversité de la société égyptienne.

J'ai couru vers le Nil, d'Alaa EL ASWANY

Ce roman retrace les événements terribles de la Place Tahrir en 2011. Une révolution qui surgit au cœur d’une société égyptienne vérolée, totalement amorale malgré les préceptes religieux (ou plutôt à cause je devrais dire…). Une société fragilisée qui s’enlise depuis des décennies dans une profonde inertie et beaucoup d’injustice. De bien tristes constats : pour beaucoup, l’absence de perspective d’avenir et aucun espoir de s’élever dans la société pour les gens simples…
Cette révolte de la jeunesse égyptienne est relatée ici avec beaucoup de nuances, avec différents points de vue ce qui donne une richesse énorme au bouquin. De cruels dilemmes habitent cette jeunesse : comment concilier cette soif de liberté et de justice avec le respect des traditions de leurs aînés et de la religion ?
La religion ! Ce ciment insidieux utilisé pour falsifier la vérité. L’utilisation de la religion qui nous est montrée m’a laissée perplexe. Tout est détourné de façon à adapter la parole divine. Plus c’est gros, plus ça passe dans une société, où, il faut le dire, la naïveté de la population et l’asservissement mental sont extrêmes.
Outre la religion, le contrôle des esprits est également assuré par la sphère médiatique et par les militaires. Tous exploitent l’ignorance du peuple égyptien avec le plus grand mépris et la plus grande violence.

J'ai couru vers le Nil, d'Alaa EL ASWANY
J'ai couru vers le Nil, d'Alaa EL ASWANY

Le courage sans limite de certains ne peut malheureusement pas faire le poids face à la manipulation éhontée des militaires, des fondamentalistes et des journalistes. C’est perdu d’avance tant la pieuvre s’est infiltrée.
Lorsque l’on termine ce livre, plusieurs sentiments demeurent… On est à la fois admiratif du courage (vain) de certains et écœuré de la couardise et de l’égoïsme des autres. On fait aussi l’amer constat de la perte de grandeur du peuple égyptien qui fut pourtant tellement source d’inspiration et d’admiration. Le contraste est vraiment phénoménal… Enfin, c’est un sentiment de fatalisme et d’impuissance qui persiste face à ce destin de servitude puisque l’on connaît l’issue tragique de cette révolte.
J’ai adoré l’ironie et l’esprit militant qu’El Aswany utilise pour nous raconter cette société gangrenée. Sa plume est passionnée pour un récit passionnant du début à la fin. Le destin perdu de ces jeunes idéalistes contraste avec les belles années qu’ont devant eux ces pseudo-religieux tortionnaires et menteurs. Le désespoir domine à l’issue d’une telle lecture mais ce livre est là, infime goutte d’espoir pour que la liberté, la justice et la démocratie s’installe un jour durablement en Egypte. Inutile de vous dire que ce livre y est interdit, c’est pour cela qu’il faut le faire connaître au plus grand nombre…
 

Publié dans J'ai adoré !!!

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