La deuxième femme, de Louise MEY

Publié le par Livres Emois Livres et Vous

La deuxième femme, de Louise MEY
RESUME

Sandrine ne s'aime pas. Elle trouve son corps trop gros, son visage trop fade. Timide, mal à l'aise, elle bafouille quand on hausse la voix, reste muette durant les déjeuners entre collègues.
Mais plus rien de cela ne compte le jour où elle rencontre son homme, et qu’il lui fait une place. Une place dans sa maison, auprès de son fils, sa maison où il manque une femme. La première. Elle a disparu, elle est présumée morte, et Sandrine, discrète, aimante, reconnaissante, se glisse dans cette absence, fait de son mieux pour redonner le sourire au mari endeuillé et au petit Mathias.

Mon Avis

Ce roman est à plusieurs titres assez remarquable. De par son sujet superbement traité, l’emprise, mais aussi de par sa narration.
L’héroïne de ce livre est Sandrine, une jeune femme complexée par son physique de femme forte, et dont l’enfance s’est déroulée sans affection parentale, dans un cadre plutôt violent physiquement mais aussi psychologiquement.
Difficile donc de se construire et de prendre de l’assurance. Devenue adulte, Sandrine a plutôt tendance à s’enfermer et à se replier sur elle-même dans des gestes et des actions assez routinières. Elle est malgré tout insérée dans la société puisqu’elle travaille comme secrétaire dans un cabinet d’avocats.
Pourtant, ses liens sociaux restent ténus et distants, jusqu’à la rencontre qu’elle provoque avec M. Langlois, un homme dont la femme a récemment disparu. La distance sociale et l’isolement qu’elle a toujours subis lui ont mis en tête une vision assez cliché de la vie amoureuse, une vision de prince charmant, de doux rêves et de contes de fée… sa perception idéalisée du couple ne fera, au fil des mois, qu’aggraver l’espèce d’aveuglement qui va obscurcir son jugement.
Car, dès le début de sa relation avec cet homme, une multitude d’indices révèle les fondements de cette relation… s’ajoute à cela, le mystère latent de la disparition de la première femme…
La construction est intelligente car elle est basée sur une narration sans dialogue, les propos étant complètement intégrés dans le corps de narration. Un procédé que je n’apprécie pas beaucoup habituellement mais qui est ici parfaitement adapté car il rend la lecture particulièrement immersive. Personnellement, j’avais l’impression de vivre cette histoire dans la tête de Sandrine et de parfois être cette petite voix qui, épisodiquement, reprenait le dessus.
Cette construction affûtée permet de bien appréhender le mécanisme de l’emprise. On comprend parfaitement ce qui permet à l’asservisseur de prendre le contrôle car c’est un maître dans l’art de choisir ses victimes… Rien n’est le fruit du hasard. Il sait que telle femme sierra mieux à ses desseins que telle autre. Ce sont de petits esprits machiavéliques on le sait, mais ici, l’important est de comprendre aussi par quel procédé une victime se fait asservir et surtout ce qui se passe dans sa tête. Quelle est l’analyse de la victime, son raisonnement, combien il est difficile d’apporter à cette victime une autre vision de sa situation tant la manipulation et la pression exercée sont fortes. 
Un roman où la tension est forcément constante, on lit sur le fil du rasoir, la peur au ventre. Bien qu’anxiogène, c’est vraiment une lecture qui éclaire et qui permet, peut-être, d'aiguiser nos sens pour mieux détecter les trop nombreux bourreaux qui sévissent dans l’intimité des couples… mais aussi dans les milieux professionnels.

Un excellent roman noir que je vous recommande vivement !

Infos Auteure
La deuxième femme, de Louise MEY

Louise Mey naît en 1982, dans une famille où la lecture avait une place importante.
Elle met en scène dans ses romans policiers les violences faites aux femmes, viol, harcèlement sexuel, agression sexuelle. « Les Ravagé(e)s » et « Les Hordes invisibles » suivent Alex et Marco. Tous les deux travaillent dans une brigade spécialisée dans les crimes et délits sexuels dans le Nord de Paris. Dans « Les Ravagé(e)s », ils enquêtent sur une vague de viols qui interroge les statistiques et les dynamiques de genre habituelles. Dans « Les Hordes invisibles », Louise Mey traite du problème du harcèlement en ligne dont sont victimes trois femmes.
En 2016, Louise Mey écrit un texte sur les règles, intitulé « Chattologie ». Il devient un seule-en-scène joué par l'autrice et humoriste Klaire fait Grr et mis en scène par Karim Tougui. Le spectacle est joué de septembre 2017 à mai 2019. Il reprend ensuite le 7 février 2020, au théâtre des 3 Bornes, avec une nouvelle comédienne : Alice Bié. Ce spectacle féministe, ouverts à tous et toutes, a pour but de dédramatiser et d'expliquer les règles et de contribuer à lever le tabou qui pèse encore sur les menstruations.
En 2020, Louise Mey publie aux éditions du Masque « La Deuxième Femme », un roman noir qui parle d'emprise et évoque les cas de féminicides. Le livre est sélectionné pour le Prix Landerneau.
Louise Mey écrit également des histoires pour la jeunesse (« Le Jour du Vélo Rouge » parle du deuil et de la réparation), et des Bandes dessinées (« Kara » évoque la classe de 4e et la trajectoire de Kara, le personnage principal, qui tente de s'adapter à son nouveau collège).
Louise Mey a aussi participé au recueil de textes pour adolescentes et adolescents « Ceci est mon corps », publié chez Rageot en partenariat avec le magazine Causette. Son texte s'intitule « Nichons, ni soumis•e•s » et parle des seins à l'adolescence, en tant que marqueur associé au féminin, et du regard que fait peser la société sur les adolescentes.
 

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